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Chapitre 1 : Renaissance
Je me nomme Jalyann, et j'étais autrefois une jeune humaine qui vivait paisiblement dans les clairières de Tirisfal, dans les territoires du Nord. Je m'apprêtais à entrer au monastère de Brill, pour entamer ma prêtrise, lorsque la Grande Peste frappa... Tous ceux que j'avais connus et aimés, mes parents, mon petit frère, mon oncle Sam, le Bourgmestre du Glas... tous emportés par cette abomination. J'ai eu si mal, au plus profond de mon être, quand je dus fracasser le crâne de mon petit Nathan. Il n'avait que 5 ans, c'était un ange innocent, mais la Grande Peste l'avait... changé en une créature livide et macabre aux yeux vitreux, inexpressifs et sans vie, assoiffé de chair humaine.
Puis ce fut mon tour. Les quelques sortilèges cléricaux appris lors de mon initiation n'y firent rien. J'avais mal, un feu me dévorait les entrailles, un flot ardent coulait dans mes veines, et peu à peu mon esprit s'embrumait... je ne distinguais plus la réalité du rêv... cauchemar ! Je sentais une présence malfaisante et abjecte s'insinuer en moi. Je ne m'appartenais plus, je n'existais plus. Mon âme luttait de toutes ses forces pour ne pas disparaître... Je ne sais pas combien de temps j'ai perdu contact avec la réalité, mais à mon réveil, j'étais allongé sur le sol de pierre d'un caveau au cimetière du Glas. Curieusement, je ne ressentais ni le froid, ni l'humidité de ces lieux, et mes yeux percevaient ce qui m'entourait avec une acuité étrange... c'est en regardant mes mains que je compris.
Aucune larme ne perla le long de mes joues, pas un spasme de sanglots ne souleva ma poitrine, et d'ailleurs, l'air qui s'engouffrait dans mes poumons me paraissait... inutile. Je m'arrêtai de respirer ce qui me sembla durer une éternité, rien ne se produisit, pas de suffocation, de manque. Je fus surprise par le son de ma voix lorsque "reprenant" mon souffle je prononçais : « qu’est-ce qui c’est passé… » Autrefois si mélodieuse et douce, ma voix était une sorte d’horrible mélange de sifflements et borborygmes. Peu à peu, je reprenais le contrôle de mes cordes vocales, mais jamais plus je n’endormirai mon petit Nathan de mes berceuses…
Toujours assise sur le sol de pierre, je repliais mes jambes et posait ma tête sur mes genoux… -« quelle horreur, mes jambes ! » En soulevant ma robe, ma chair et mes os s’amalgamaient pour laisser voir une partie de mon squelette. La peau ne recouvrait que partiellement mes rotules et mes fémurs. Je rabattis avec colère et tristesse ma robe, et me relevais. J’avais la sensation d’être voûtée. Je fis quelques pas, et je ne sais pas pourquoi, je me mis à courir. Je gravissais les marches du mausolée deux à deux. Lorsque j’arrivai sur le seuil de la crypte, je dominais la clairière, et en contrebas, un être d’une laideur repoussante tenant une lanterne à la main s’adressa à moi de sa voix caverneuse : -« il était temps de vous réveiller, nous nous apprêtions à vous jeter au feu avec les autres, mais il semble que vous ayez réussi. Je suis Mordo, le fossoyeur de la crypte du Glas. Et vous n'êtes plus l'esclave du roi-liche. Allez parler au prêtre des ombres Sarvis dans la chapelle, en bas de la colline, il vous en dira plus sur ce que vous devez savoir. » Il tourna les talons avant que je puisse lui poser la moindre question. Je suivais donc son conseil et je descendais la route pavée qui menait au village. Il pleuvait mais je restais impassible. En entrant dans le village, j’avais la sensation de reconnaître certaines personnes de ma vie passée sous les traits de ces êtres au regard tantôt vide, tantôt luminescent. Mais peut-être qu’il ne s’agissait là, que de simples coïncidences. Je nourrissais peut-être inconsciemment le désir de revoir mes proche… si j’avais « réussi » comme me l’avais dit Mordo, pourquoi pas eux… ?
J’entrais dans l’Eglise de Glas et j’aurai probablement été prise d’un haut-le-cœur si j’été encore humaine. Sarvis, le prêtre des Ombres est un être repoussant. Il lui manque une partie de la mâchoire, et il porte des lanières de cuir rivetées en croix sur son visage. Sa robe de bure rouge crâsseuse est loin de lui donner la majesté et sagesse des prêtres d’autrefois. Il m’explique alors : -« Jalyann, vous faites dorénavant partie d’un groupe de mort-vivants renégats baptisé les Réprouvés. Nous avons été libéré de l’emprise du Roi Liche Ner’zhul par la Reine Banshee Sylvanas Winrunner à laquelle nous devons une allégeance et une obéissance totale. Allez maintenant, votre devoir envers votre salvatrice vous attends ! » Je l’écoutais mais en moi s’éveillait une petite voix : j’avais quitté un maître pour retomber aussitôt dans les griffes d’un autre. Je restais impassible, gardant apparent le masque de la soumission et du devoir, mais secrètement, je songe à m’émanciper de cette abomination. Je n’ai que deux options : soit je me suicide, soit je trouve un moyen de « me soigner ». Dans un cas comme dans l’autre, aurais-je la force et la volonté d’aller jusqu’au bout ?
Le temps est mon allié, je suis devenue immortelle, d’une certaine manière. Je trouverai le moyen de faire payer à toutes ces abominations leurs crimes. Patience… Ils paieront pour la mort de mon petit frère et pour tout le reste !
A suivre…
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